Emmanuel Macron encore loin de ses objectifs sur les énergies renouvelables

En 2017, Emmanuel Macron avait prévu une trajectoire ambitieuse pour les énergies renouvelables, qui se révèle très difficile à tenir. La faute à une volonté politique insuffisante et à la mobilisation des anti-éolien. 

En février 2017, en pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron s’engageait à augmenter la part d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique française à 32 % d’ici 2030. Cinq ans plus tard, l’objectif sera très difficile à atteindre : la France plafonne à 19,1 %. Le gouvernement s’est-il donné les moyens d’atteindre ces objectifs ? 

Cette promesse, Emmanuel Macron l’a reprise à son compte mais ne l’a pas inventée. Elle est issue d’une loi sur la transition énergétique, promulguée sous la présidence de François Hollande, en 2015. Elle sera ensuite reprise par une directive européenne, adoptée en décembre 2018. Les professionnels du secteur sont catégoriques : la France ne tiendra pas ses objectifs d’ici 2030, en tout cas. « Si on continue au même rythme, c’est non », assure Mattias Vandenbulcke, directeur de la communication de France Energie Eolienne (FEE), le principal syndicat de l’éolien.

En effet, la part d’énergies renouvelables dans la consommation française a augmenté d’un peu moins de 3 % entre 2017 et 2020. En continuant de progresser de 2,8 % tous les trois ans, il faudrait attendre… 2034 pour atteindre 32,2 %. Pour y parvenir en 2030, il faudrait augmenter considérablement notre capacité à produire de l’énergie décarbonée, mais pas seulement. « Dans le même temps, il faudrait que l’on fasse un gros effort pour diminuer notre consommation d’énergie, de 9 % d’ici à 2030 », explique Carine Sebi, économiste responsable de la chaire Energy for Society à Grenoble Ecole de Management, en s’appuyant sur les données d’Enerdata. Concrètement, cela veut dire rénover les passoires thermiques mais aussi réduire drastiquement notre consommation de chauffage, pour ne citer que quelques exemples.

Investissement insuffisant

L’État soutient les énergies renouvelables par le biais des tarifs de soutien : il s’engage à rémunérer à un certain niveau les producteurs d’énergie pendant 15 à 20 ans afin de leur assurer la visibilité et la rentabilité de leurs investissements. Selon le projet de loi de finances 2021, l’État a investi 6,7 milliards dans les énergies renouvelables cette année-là. Mais Alexis Monteil-Gutel, responsable de projet énergies renouvelables au Cler (Réseau pour la transition énergétique), regrette que toutes les filières n’aient pas été soutenues de la même manière : « Le développement du biogaz (NDLR : gaz produit par la fermentation de matières organiques) est en plein essor ». L’action du gouvernement a permis de multiplier par quatre le nombre d’installations.

À l’inverse, « d’autres filières sont dans le rouge, comme la chaleur renouvelable – le chauffage de bâtiments par le solaire thermique, la géothermie, ou la biomasse. C’est une filière qui manque de compétitivité face au gaz fossile donc on milite pour l’augmentation du fonds chaleur ». Ce fonds chaleur a été porté de 220 millions à 350 millions entre 2017 et 2020, mais l’investissement reste insuffisant selon le Cler. 

La filière éolienne regrette aussi d’avoir été relativement peu soutenue : les mesures mises en place ont surtout permis une simplification administrative. Pourtant, « l’éolien est l’énergie qui a le plus gros potentiel pour nous permettre de développer nos capacités à produire de l’énergie renouvelable », assure l’économiste Carine Sebi. C’est la troisième source d’électricité en France – les éoliennes ont produit presque 8 % de l’électricité en 2020, selon les statistiques du ministère de la Transition écologique.

Opposition française face aux éoliennes

Cette production pourrait être beaucoup plus importante, si elle n’était pas bloquée par deux problèmes majeurs. D’abord, seul 20 % du territoire français peut accueillir des éoliennes, selon les chiffres ministériels. Elles ne peuvent pas être installées à moins de 500 mètres des habitations, sur les terrains d’entraînement militaire et à moins de 70 kilomètres des radars de l’armée. « Résultat : le territoire est archi contraint, vous développez là où vous pouvez donc il y a des endroits où on développe beaucoup, comme dans les Hauts-de-France, et cela crée des tensions avec les riverains et les élus locaux », détaille Mattias Vandenbulcke, de France Energie Eolienne (FEE).

En effet, l’opposition française aux éoliennes constitue le deuxième obstacle à leur développement. 70 % des autorisations délivrées pour la construction de parcs éoliens font l’objet de recours, selon un rapport du ministère en 2018. Une multiplication des procédures administratives qui rallonge les délais : en France, il faut en moyenne sept ans pour la construction d’un parc, contre quatre ans en Europe, selon la FEE. Les éoliennes sont accusées, par leurs opposants, de défigurer les paysages, d’être à l’origine de nuisances sonores, de ne pas être recyclables ou d’avoir un impact négatif sur la biodiversité, en tuant par exemple les oiseaux avec les pales, d’après une étude de la Ligue de protection des oiseaux (LPO).

Pour raccourcir les délais, le gouvernement a supprimé un niveau de juridiction : les recours seront directement traités par les cours administratives d’appel, et non plus par les tribunaux de première instance. Barbara Pompili a également dévoilé, en octobre 2021, des mesures pour améliorer l’acceptabilité des éoliennes et la création d’un médiateur, rattaché au ministère.

Sarah DUMEAU

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