La majorité présidentielle à la chasse aux non-inscrits

Les travailleurs de l’ombre de La République en marche parcourent Paris et sa proche banlieue pour convaincre les non-inscrits de s’inscrire sur les listes électorales. Une démarche citoyenne pas dénuée d’intentions électoralistes pour autant. 

Dans un immeuble de la rue du Faubourg Saint-Antoine (XIème) à Paris, Béatrice Allali participe à un tractage particulier ce dimanche après-midi. Accompagnée de Franck Boisselet, militant LREM comme elle, cette femme au manteau blanc cotonneux tient dans sa main des petites cartes postales bleues. Dessus, le rappel des consignes pour bien voter le 10 avril prochain, date du premier tour de l’élection présidentielle. Et depuis 15 heures, Béatrice et Franck arpentent les couloirs, grattent aux portes. Dans leur viseur : les non-inscrits. 5 millions de Français absents de toutes listes électorales mais qui ont le droit de voter selon l’Insee. 5 millions d’électeurs potentiels pour Emmanuel Macron. 

Au cinquième étage, Franck sonne à une porte blanche, droit comme un « I » dans son manteau bleu marine. De derrière la porte, on entend, étouffé : « C’est qui ? ». Franck embraye d’une voix mécanique : « C’est la majorité présidentielle, on vient vous parler du vote d’avril ». La porte s’ouvre timidement. Dans l’entrebâillement, Sonia, pyjama rouge, la quarantaine, glisse sa tête. Elle est non-inscrite. « Je ne savais pas, je n’ai rien reçu sur le vote… Mais maintenant je vais regarder. » Ni Béatrice, ni Franck n’abordent le sujet du vote. Le terme de « majorité présidentielle » est écrit sur leurs petites cartes postales bleues. La position d’Emmanuel Macron, pas encore officiellement candidat, impose de ne pas tracter en son nom.

Malgré tout, c’est mission accomplie pour Franck : « Tu vois, elle ira voter, elle ». Béatrice acquiesce, les mains plongées dans son sac pour récupérer une poignée de cartes postales. Pour le professeur d’histoire-géographie, être un militant volontaire et énergique sur le terrain est bénéfique pour le débat public : « Même s’ils ne votent pas pour nous, un jour ou l’autre, leur opinion va se développer et c’est bon pour la démocratie ».

« Est-ce que je vais voter pour En Marche! après ça ? Non. »

Dans le long hall gris, silencieux, Béatrice se perd. « C’est quelle porte déjà pour le prochain tractage ? ». Elle toque à la porte. Célia ouvre, visiblement réveillée depuis peu. Béatrice lui tend la carte postale : « Non, je suis déjà inscrite ». Franck n’aborde toujours pas le sujet du vote. « Est-ce que je vais voter pour En Marche! après ça ? Non, au contraire, c’est pas ma came. » Béatrice et Franck ne répondent pas. Ils sourient derrière leur masque. « On doit rester courtois, ne pas s’énerver. L’image de la majorité est importante, explique Béatrice entre deux portes. Plus on laisse une bonne impression, plus ça pourrait jouer en notre faveur. »

Sont-ils frustrés de ne pas aborder le vote en faveur du président de la République ? Franck privilégie une démarche citoyenne plutôt que le battage électoraliste : « On est un mouvement citoyen avant tout, on veut ramener les Français aux urnes. Après s’ils nous parlent d’En Marche!, bien sûr qu’on va être content et qu’on va les encourager ! ». Et pourtant, avant de quitter l’immeuble, Franck et Béatrice font un « boîtage ». Leurs mains pressées remplissent les boîtes aux lettres des copropriétaires avec des tracts défendant le bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron. Plus qu’une marotte de militant, c’est un moyen d’inciter au vote pour le président. Les petites cartes postales bleues ne suffisent pas.

Romain Bitot 

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