Produire son énergie : quand l’autoconsommation peine à rayonner sur la campagne

FRACTURES. Prix qui ne cessent de grimper, crainte de ne plus pouvoir s’approvisionner, volonté écologique : de plus en plus de Français se tournent vers l’autoconsommation en matière d’énergie. Décryptage d’un phénomène nuancé qui s’installe (trop ?) lentement dans le paysage politique.

Cet article fait partie de la série Fractures, disponible en suivant ce lien

Face à la montée constante des prix de l’électricité, aggravée par l’actuelle guerre en Ukraine, peu de solutions palliatives s’offrent aux Français souhaitant soulager leurs finances. Remède individuel, porté essentiellement par l’énergie solaire, l’autoconsommation a pourtant fait son nid dans le mix énergétique. Avec plus de 145 000 installations locales raccordées au réseau électrique national, ces dispositifs permettent de consommer immédiatement l’énergie produite, ou de la réinjecter dans le circuit électrique national.  

Le nombre de dispositifs d’autoconsommation installés depuis 2017 n’a cessé d’augmenter. (Source : ENEDIS)

« Mes quatre panneaux installés sur ma toiture produisent un tiers de mes besoins électriques », détaille Louis Coulot, ancien électricien touche-à-tout ayant équipé en octobre dernier son pavillon à Amiens. « Mais ma motivation principale n’est clairement pas la rentabilité. Économiquement, on s’y retrouve en moyenne au bout de sept à huit ans pour ce genre d’installation. » Comme Louis, ils sont près de 100 000 propriétaires à avoir opté lors de ces cinq dernières années pour l’autoconsommation. Un nombre toujours en hausse, toutefois plus motivé par des enjeux personnels que par une politique gouvernementale établie.

Sous l’égide du ministère de la Transition écologique et solidaire, les énergies renouvelables citoyennes ont dû attendre le 8 novembre 2021 pour se faire une place au sein des objectifs édictés par Barbara Pompili. Dans une série de dix mesures, le gouvernement annonçait alors vouloir « accélérer la dynamique des projets à gouvernance locale », après quatre silencieuses années de mandat. « Une très bonne nouvelle », selon Marie Buchet, responsable solaire du Syndicat des Énergies Renouvelables (SER). « Après quelques actions à côté de la plaque, comme la renégociation des tarifs photovoltaïques, le gouvernement semble s’être ressaisi. »

Aides, entraide et débrouille

Après un réveil politique tardif, et fautes de subventions ou d’incitations à l’installation, les aventureux de l’autoconsommation ne s’en remettent alors qu’à eux-mêmes, et tentent tant bien que mal de déchiffrer les offres douteuses autant que les règles administratives floues. « Il faut à tout prix simplifier les règlementations », assène Louis Coulot. « Je travaille dans le bâtiment, j’ai été électricien, et pourtant je suis bien en peine dans cet univers ».

« Ceux qui franchissent le pas de l’autoconsommation se veulent soit écoresponsables, soit moins dépendants des fournisseurs d’énergie. »

Olivier Perrot, membre principal du groupe Créations Autoconsommation Solaire.

Face aux promoteurs gourmands, ils sont des milliers à se rassembler et à échanger sur des groupes d’entraide, utilisant les réseaux sociaux comme premier outil d’information. Entre bricoleurs chevronnés et débutants perdus, on discute type d’onduleur, puissance en watt et stockage virtuel. « Ceux qui franchissent le pas de l’autoconsommation se veulent soit écoresponsables, soit moins dépendants des fournisseurs d’énergies », résume Olivier Perrot, pilier d’un de ces groupes.

Nombreux sont les membres de ces rassemblements virtuels qui en connaissent un rayon sur le solaire, donnant tout son sens à l’adage énergie renouvelable et citoyenne. « Ces dispositifs sont les seuls à pouvoir être développés à la maille ultra-locale », rappelle Marie Buchet. « Que les consommateurs s’aident les uns les autres me paraît naturel aujourd’hui, tant le solaire est une énergie modulable mais complexe d’un point de vue technique. »

En politique, le solaire en manque de clarté

Un manque d’accompagnement toutefois décrié par cette communauté, tout comme l’absence sur le marché de panneaux photovoltaïques français et performants. Sans alternative, les acheteurs se replient alors souvent vers la production chinoise, peu coûteuse et plus accessible. Une situation fâcheuse pour Nicolas Dupont-Aignan, candidat « Debout la France » à l’élection présidentielle : « Le photovoltaïque pourrait s’avérer intéressant, si les industriels français parviennent à inventer le panneau solaire de nouvelle génération. »

Sous la demande croissante d’aide à l’accès aux énergies renouvelables locales, le milieu politique peine pourtant à se manifester. Pour preuve, seul Yannick Jadot s’est réellement penché sur la question, appelant à développer et accélérer les communautés d’énergie citoyenne et renouvelable, et proposant : « l’instauration d’un objectif de 15% de la capacité aux mains des citoyen.nes à horizon 2030, afin de les impliquer davantage dans la définition du mix énergétique français. » Du côté d’« Énergie Partagée », principal mouvement faisant la promotion de ces dispositifs, le son de cloche est le même, après avoir tenté en vain de faire entendre leur voix au cours de la campagne. Un seul point est alors sûr, le sujet de l’autoconsommation ne peut que s’inviter de plus en plus régulièrement dans les débats autour de l’énergie, tant il ne cesse d’enfler d’année en année.

Valentin BAUDRY

Image de tête : Valentin BAUDRY

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